J'ai appelé mon livre de recettes Sabzi : découvrez pourquoi ce nom a du sens

J’ai appelé mon livre de recettes Sabzi : découvrez pourquoi ce nom a du sens

Lorsqu’une autrice culinaire choisit un titre pour son ouvrage, elle ne s’attend pas à déclencher une bataille juridique. Pourtant, c’est exactement ce qui s’est produit avec le livre de recettes Sabzi, un terme qui signifie simplement « légumes » dans plusieurs langues asiatiques. Cette affaire a révélé des tensions profondes autour de l’appropriation culturelle et du pouvoir commercial en Grande-Bretagne.

Le mot sabzi appartient au vocabulaire quotidien de plus d’un milliard de personnes. Il traverse les frontières linguistiques, du hindi au persan, en passant par l’ourdou et le pachto. Pour les familles d’Asie du Sud, il évoque les légumes cuisinés qui parfument les cuisines familiales. Pour les Iraniens, il désigne les herbes fraîches indissociables de leur identité nationale, comme dans le ghormeh sabzi, ragoût emblématique du pays. Cette richesse culturelle explique pourquoi le choix de ce titre représentait un hommage naturel aux racines pakistanaises et iraniennes de l’autrice.

Quand le droit commercial menace le patrimoine culturel

La controverse a éclaté lorsqu’une chaîne de traiteurs cornouaillais a menacé l’autrice d’actions en justice pour violation de propriété intellectuelle. L’entreprise avait déposé le mot sabzi comme marque commerciale en 2022, s’arrogeant ainsi des droits exclusifs sur un terme millénaire. Les courriers juridiques exigeaient des informations confidentielles sur les ventes, la distribution et même la destruction potentielle des exemplaires existants. Cette démarche illustre comment les systèmes juridiques occidentaux peuvent être utilisés pour privatiser des éléments du patrimoine culturel mondial.

L’escalade s’est poursuivie lorsque le livre a disparu d’Amazon suite à une plainte pour contrefaçon. Cette suppression, survenue à l’approche des fêtes de fin d’année, représentait une menace directe pour les revenus de l’autrice. Le cas a pris une tournure particulièrement symbolique avec l’intervention du Duché de Cornouailles, propriété de la famille royale britannique, qui soutenait les revendications de l’entreprise avec mon expérience de bailleur.

Les précédents inquiétants de privatisation alimentaire

Cette bataille judiciaire s’inscrit dans une tendance plus large de tentatives d’appropriation commerciale de termes culinaires issus du Sud global. Plusieurs cas similaires ont marqué l’actualité ces dernières années :

  • La chaîne Pho qui a tenté d’empêcher d’autres restaurants vietnamiens d’utiliser ce mot désignant une soupe traditionnelle
  • Les tentatives de David Chang pour déposer « chili crunch », un condiment populaire en Asie de l’Est
  • L’entreprise RiceTec cherchant à breveter le terme « basmati » pour un riz ancestral d’Inde et du Pakistan
  • Les brevets controversés sur le teff éthiopien, céréale cultivée depuis 4000 ans

Ces démarches juridiques rappellent les batailles menées par les agriculteurs du Sud global contre ce qu’ils nomment la biopiraterie. Que ce soit pour des semences, des plantes ou des mots, ces tentatives soulèvent la question de savoir qui peut légitimement revendiquer la propriété d’un patrimoine culturel partagé. Si vous vous intéressez aux traditions culinaires authentiques comme le muringayila erissery, vous comprendrez l’importance de préserver ces héritages collectifs.

Tentative d’appropriation Origine culturelle Résultat
Brevets sur le blé Nap Hal Inde (chapati) Révoqués
Marque « rooibos » Afrique du Sud Protection géographique obtenue
Brevets sur le teff Éthiopie Déclarés invalides

La mobilisation collective comme réponse

Face à cette pression juridique, la communauté culinaire britannique s’est rapidement mobilisée. Des personnalités respectées comme Nigella Lawson, Rukmini Iyer et Rachel Roddy ont publiquement défendu le principe selon lequel la culture alimentaire appartient à tous. Cette solidarité spontanée reflète la nature collaborative du monde gastronomique, où les auteurs comprennent qu’il existe suffisamment d’espace pour que différentes voix s’expriment sur des thèmes similaires.

Finalement, sous la pression publique croissante, l’entreprise a retiré sa plainte et sa marque déposée. Cette victoire souligne l’importance d’une réforme du système britannique d’enregistrement des marques. Les examinateurs devraient recevoir une formation en sensibilité culturelle pour éviter d’accorder des droits exclusifs sur des termes communs. Des mécanismes d’appel plus accessibles protégeraient également les créateurs contre des revendications abusives sur leur patrimoine culturel.

Tina