Femme âgée cuisinant à l'ancienne dans sa cuisine rustique

Recette oubliée : 100 ans de tradition retrouvée

En 1929, une journaliste de Port Sunlight News — un journal interne d’usine du Wirral — lançait un défi aux boulangères locales — inventer une recette capable de rivaliser avec le célèbre Eccles cake, cette pâtisserie feuilletée et beurrée garnie de raisins de Corinthe. Près d’un siècle plus tard, cette histoire resurface, portée par une trouvaille d’archives qui dépasse le simple fait culinaire.

La journaliste en question signait ses articles sous le pseudonyme Sonia, mais s’appelait en réalité Sophie Somers. Son appel à la créativité avait séduit de nombreuses ouvrières de la Lever Brothers, la célèbre fabrique de savon qui donnait son nom au village. Le concours débordait de participantes, ce qui témoigne d’une culture ouvrière bien plus riche et vivante qu’on ne l’imagine parfois.

Miss Lee et son petit pain aux sultanes : naissance d’une recette centenaire

La gagnante du concours répondait au nom de Miss Lee. Ouvrière dans la savonnerie, elle remporta le titre avec une recette surprenante mêlant farine d’amande, zeste d’orange ou de citron, écorces confites et sultanes. Le résultat ? Un compact pain moelleux, servi avec de la crème et de la confiture, baptisé Port Sunlight Bun.

La texture se rapproche d’un scone britannique classique, avec ce côté friable si particulier. Mais l’ingrédient qui surprend aujourd’hui, c’est le saindoux — présent en grande quantité dans la recette originale, il reflète simplement les habitudes culinaires de l’époque. Difficile à trouver dans les cuisines modernes, il a nécessité une adaptation soigneuse lors de la résurrection de la recette.

Ingrédient clé Rôle dans la recette Présence aujourd’hui
Saindoux Texture friable et tenue Rare, adapté par le café Nettle
Farine d’amande Saveur et moelleux Très courante
Zeste d’agrume Parfum frais et acidulé Toujours utilisée
Sultanes Douceur et mâche Standard en pâtisserie

Pendant presque 100 ans, cette recette a dormi dans les archives du Port Sunlight Museum, enfouie dans un vieux numéro du journal d’usine. Personne ne l’avait relue. Personne ne l’avait testée. Elle attendait, tout simplement.

Du fond des archives à l’assiette : une tradition retrouvée par le café Nettle

C’est l’équipe du Port Sunlight Village Trust qui a mis au jour ce trésor culinaire. Claire Bates, chargée du développement des publics au sein de la structure, raconte avoir été enchantée par ce que révélait ce magazine sur la vie quotidienne du village à l’époque. Pas une anecdote figée dans le passé, mais une fenêtre ouverte sur une communauté vivante.

Pour redonner vie à la recette, l’équipe du musée a fait appel au café local Nettle, dirigé par Julia Strelczuk. Avec son équipe, elle a passé du temps à perfectionner la formule de Miss Lee, en restant au plus près de l’original. Son boulanger, Kamil Strelczuk, résume la démarche avec une simplicité désarmante : « C’est bon d’être connecté au passé. »

Depuis sa réapparition, le Port Sunlight Bun cartonne auprès des visiteurs. Pour aller plus loin, voici les trois angles qui font de cette redécouverte un modèle inspirant :

  • Valoriser les archives locales comme source de patrimoine vivant
  • Collaborer avec des artisans pour rendre la recette accessible et savoureuse
  • Raconter l’histoire des femmes ouvrières souvent invisibles dans les récits historiques

Le musée cherche d’ailleurs encore des informations sur Miss Lee. Si vous connaissez sa famille ou son histoire, prenez contact avec le Port Sunlight Museum — cette recette mérite un visage autant qu’un goût.

Tina